Pic : Henri Pierre Picou - Venus_____________________________________________________________Alain Bashung - La nuit je mens___Beckett était un génie. Un génie qui, tristement, n'aspirait qu'à mourir. Il était épuisé le pauvre homme. Par le pitoyable de l'espèce humaine, par l'ennui, par l'absurdité du monde dans lequel on l'avait poignardé... Il buvait, ne parlait jamais, à personne. Dans les déjeuners, il s'isolait et n'ouvrait pas la bouche. Il était capable de dégueuler des paragraphes entiers d'aberrations existentialistes. Et pourtant, il ne lisait pas les philosophes. Il entravait que dalle à la philosophie. Ca vous rassure ? Moi, oui... Célestine est géniale. Salomé, garce favorite des marchands de parfum, est efficace. Préférer l'efficacité au génie. L'érotisme des Décadents n'a rien de transcendant, ni même d'inventif. La recherche du sublime le rend lourd, chargé d'impuretés et prévisible au même titre que le mouvement des astres et les coefficients de marée (je retiens mes leçons). Toutefois, et bien que n'atteignant pas la dimension percutante des dernières scènes de
Moins que zéro (Bret Easton Ellis, 1985), l'image reste esthétique, voir excitante pour bon nombre de gens faciles à contenter, et festive pour les trois cons restants. Et puis, on dit bien que le Petit Chaperon Rouge est un phallus sur pattes, alors... Mes cours de littérature sont à chier, les gens m'emmerdent toujours autant et ma prof de philo me fait pleurer. La philosophie, c'est déprimant. Le fil conducteur de l'année est un message subliminal : suicidez-vous. J'aime bien Abraham Van Helsing. Il est presque plus fascinant que Dracula lui-même. Mais c'est totalement hors sujet et inintéressant comme remarque. Je continue à regarder les gens de loin, comme des poissons dans un bocal. Sam avait raison, il tourne en rond, le peuple. Mais ça reste positif tout ça : selon le sens commun, l'observation nourrit l'art. Moi, je me demande juste jusqu'à quel point le lamentable peut servir de matrice acceptable à l'oeuvre. Il n'y a sûrement pas de limites. De tous les gros vilains fictifs, ce sont les wraiths que je préfère. Ils sont si beaux... N'importe quoi. Je vous ai dit que mes cours de littérature étaient à chier ? Dans un moment de sublime hystérie et de génie,
Hamm parodie la Bible : "Léchez-vous les un les autres." Ce à quoi mon adorable et abrutie de prof aurait répondu : "Oui mais monsieur Beckett, s'aimer, c'est aussi se lécher." Juste pour le plaisir : cette phrase est suivie d'un impératif à la violence fascinante : "(Un temps. Avec violence.) Foutez-moi le camps et retournez à vos partouzes !" Sinon,
traduction et onomastique : Ham = jambon = mauvais comédien -
Hamm joue la comédie devant
Clov ; mise en abyme. Plus sérieusement :
Clov = clou de girofle. L'information est pertinante, constructive et avec un peu de chance, c'est celle qui me permettra de prouver que je suis la meilleure (si tant est que nous soyions toujours dans cette malheureuse quête de la perfection et à condition de me flageller davantage, paraît-il) A retenir donc de l'oeuvre de Beckett au programme : nombreuses références alimentaires et rapports de force inégaux (là encore, à condition de s'intéresser un tantinet au fils de Noé et aux paronymes :
Clov - clou, victime de l'irrémédiable cruauté du marteau
(Hamm - hammer) aveugle.) Au-delà de tout ça, et même au-delà de toute chose, je continue de croire que je suis à ma place dans cette putain de filière !