"Je suis le roi vaincu, ma semence est salie | Le règne des enfants sera mon hallali." Jean-Etienne Favre

 "Je suis le roi vaincu, ma semence est salie | Le règne des enfants sera mon hallali." Jean-Etienne Favre
Pic : Rick Wright_________________________________________________________Richard Wright & David Gilmour - Breathe | Time



___Je suis assise là, toute seule, au milieu de la foule compacte des fumeurs du lycée, dans le froid. Moi, je ne fume pas. Je ne parle même pas. Je les regarde tous, à distance. Je m'abstraits pour mieux les observer. En fait, le tableau dystopique est plutôt féérique. Ils me donnent la gerbe tous, avec leurs sourires, leurs traits d'humour à la con, et leur air suffisant. Pourtant, la fumée qui s'élève dessine des migrations d'âmes indiennes ou chinoises vers des corps d'animaux. On croirait voir des loups, des serpents et des aigles, dansant dans le vent glacial de ce début d'automne. Vu d'ici, on ne dirait pas que le monde est une poubelle. Une immense poubelle dont les murs suintes la médiocrité du commun et la vermine de l'amour. Cette vermine si tenace qu'elle s'accroche à vos poumons, vous lacère l'estomac et vous écorche le ventre. Cette abomination aberrante qui ne vous lâchera qu'une fois qu'elle aura aspiré le peu d'énergie que vous destiniez à la recherche du bonheur que décrit si bien T. Jefferson. Quel con celui-là ! Comme si le bonheur était à portée de mains... ou plutôt devrais-je dire à portée de gouttes, pour reprendre les termes de Favre, l'écrivain imaginaire, fils d'horloger et ami proche de MacCorlan, débauché factice lui-aussi. Parler d'amour, c'est gerbant de banalité. Je suis là à regarder tous ces abrutis et je me dis que je devrais faire comme eux. Mais je n'en ai pas la force. Ils m'emmerdent tellement. Ils me font peur surtout. Je ne veux pas devenir cette femme immonde. Aigrie, seule, bordélique, hideuse et odieuse. Alors je fais un effort. Je me lève, je m'approche de l'odiance passive qui assiste, l'air moins ahuri qu'abruti à la déchéance du monde, sans un mot. Tout le monde sourit. Je fais de même, parce que j'ai besoin d'artifice pour atteindre le vrai. Et je me dis qu'un jour, avec un peu de chance, je m'élèverai avec la fumée des clopes et les indiens métamorphosés. J'écris de plus en plus de conneries avec de moins en moins de talent et d'élégance... la faute à qui, d'abord ? Mais ne plombons pas l'ambiance : c'est tellement beau, l'horizon rougeoyant des matins d'automne. Surtout en Irlande paraît-il... Et puis, je suis une créature quelque peu torturée dans le pathos : quand je regarde un clip de Rick Wright, je pleure, immanquablement. Au fait, sur l'album Adventure de Television, il y a Days. Et ça, c'est de la bombe bébé ! Dans un autre registre, il faut souligner la perfection des journées shopping avec Blondie, des conversations avec Mimi et ma Jumelle et des calins de Mini Moi. Enfin, je suis toujours en quête de corbeaux pour fuire vers le Royaume-Uni avec Cynthia. Si quelqu'un sait où en trouver...

# Posté le vendredi 09 mai 2008 13:34

Modifié le vendredi 06 novembre 2009 11:47

PSYCHEDELIC PSYCHOSE On a tous une Bonne Fée quelque part. J'ai revu la mienne hier. I stand neath the Marquee Moon. Bordel, ça fait drôle.

PSYCHEDELIC PSYCHOSE On a tous une Bonne Fée quelque part. J'ai revu la mienne hier. I stand neath the Marquee Moon. Bordel, ça fait drôle.

Pic : Blondie & Moi
LETTRE III
Guilleragues, Lettres portugaises, 1669

___Je ne sais ni ce que je suis, ni ce que je fais, ni ce que je désire : je suis déchirée par mille mouvements contraires. Peut-on s'imaginer un état si déplorable ? Je vous aime éperdument, et je vous ménage assez pour n'oser, peut-être, souhaiter que vous soyez agité des mêmes transports : je me tuerais, ou je mourrais de douleur sans me tuer, si j'étais assurée que vous n'avez jamais aucun repos, que votre vie n'est que trouble et qu'agitation, que vous pleurez sans cesse, et que tout vous est odieux ; je ne puis suffire à mes maux, comment pourrais-je supporter la douleur que me donneraient les vôtres, qui me seraient mille fois plus sensibles ? Cependant je ne puis aussi me résoudre à désirer que vous ne pensiez point à moi ; et à vous parler sincèrement, je suis jalouse avec fureur de tout ce qui vous donne de la joie, et qui touche votre c½ur et votre goût en France. Je ne sais pourquoi je vous écris, je vois bien que vous aurez seulement pitié de moi, et je ne veux point de votre pitié. J'ai bien du dépit contre moi-même quand je fais réflexion sur tout ce que je vous ai sacrifié : j'ai perdu ma réputation, je me suis exposée à la fureur de mes parents, à la sévérité des lois de ce pays contre les religieuses, et à votre ingratitude, qui me paraît le plus grand de tous les malheurs. Cependant je sens bien que mes remords ne sont pas véritables, que je voudrais du meilleur de mon c½ur avoir couru pour l'amour de vous de plus grands dangers, et que j'ai un plaisir funeste d'avoir hasardé ma vie et mon honneur : tout ce que j'ai de plus précieux ne devait-il pas être en votre disposition ? Et ne dois-je pas être bien aise de l'avoir employé comme j'ai fait ? Il me semble même que je ne suis guère contente ni de mes douleurs, ni de l'excès de mon amour, quoique je ne puisse, hélas ! me flatter assez pour être contente de vous. Je vis, infidèle que je suis, et je fais autant de choses pour conserver ma vie que pour la perdre. Ah ! j'en meurs de honte : mon désespoir n'est donc que dans mes lettres ? Si je vous aimais autant que je vous l'ai dit mille fois, ne serais-je pas morte il y a longtemps ? Je vous ai trompé, c'est à vous à vous plaindre de moi. Hélas ! pourquoi ne vous en plaignez-vous pas ? Je vous ai vu partir, je ne puis espérer de vous voir jamais de retour, et je respire cependant : je vous ai trahi, je vous en demande pardon. Mais ne me l'accordez pas ! Traitez-moi sévèrement ! Ne trouvez point que mes sentiments soient assez violents ! Soyez plus difficile à contenter ! Mandez-moi que vous voulez que je meure d'amour pour vous !


BONNES VACANCES.____________________________________________________________Television - Foxhole

# Posté le vendredi 08 août 2008 17:01

Modifié le vendredi 30 octobre 2009 12:32

" Ecouter Unknown Pleasures, c'est comme ramper dans une bouche d'égoûts."

" Ecouter Unknown Pleasures, c'est comme ramper dans une bouche d'égoûts."

___J'ai le droi à l'erreur. Tu as le droit à l'erreur. Il a le droit à l'erreur. Nous avons le droit à l'erreur. Vous avez le droit à l'erreur. Ils ont le droit à l'erreur. Des conneries tout ça ! Parce que si ce droit était réellement ancré dans la condition humaine, il n'y aurait plus de compétition, et donc par définition, plus de société. Ma prof de philo dit que plus tard, je crèverais la dalle, comme tous les artistes. Qu'il va falloir que je mendie ou que je fasse le trottoire pour survivre. A côté de ça, elle nous lit des histoires. En gros, si vous ne réussissez pas, vous n'êtes rien. DEUTSCH - quälen : torturer. Le plus inadmissible dans tout ça vient sans doute de ce que l'erreur donne a certains d'entre nous une certaine forme de perfection. Mais finalement cette erreur, comme le crime ou toute autre catégorie d'acte absolument moral ou immoral, est-elle imprimée en moi ? Est-elle irréversiblement devenue une part intégrante de ce monde ? J'emmerde la postulat de l'immortalité de l'âme, moi ! Parce que si Kant a véritablement raison, c'est atrocement triste ! Ca voudrait dire que l'erreur s'affranchit de l'éphémère pour entrer, irrémédiablement, dans le réèl. Cette putain d'extrapolation, je la dois à ce putain de bac blanc de littérature, dont j'attends encore le résultat et qui m'empêche de dormir, de manger, de sourire, et même de respirer convenablement. Alors ce soir, pour me divertir et me détourner de ma condition d'être misérable, j'ai fais un test sur Facebook. A la question : Quelle chanson de l'album The Wall êtes-vous ?, le programme a répondu Comfortably Numb. Et oui, j'emmerde les gens aussi. Ils ne savent pas où il vont dans la rue, parlent fort, souvent pour ne rien dire... Après tout, je ne suis peut-être pas quelqu'un d'aussi adorable et extraordinaire que ça. Pourtant, je suis toujours encline à pensr positivement, dans le sens anti-philosophique du terme. J'ai le droi à l'erreur. Tu as le droit à l'erreur. Il a le droit à l'erreur. Nous avons le droit à l'erreur. Vous avez le droit à l'erreur. Ils ont le droit à l'erreur.

Pic : Tom Verlaine

# Posté le mercredi 19 mars 2008 07:47

Modifié le jeudi 05 novembre 2009 08:36

La sirène baiseuse de Venice, Californie




< Raindrops keep fallin' on my head | But that doesn't mean my eyes will soon be turnin' red | Cryin's not for me ! >


___Descartes dit que Dieu existe, puisqu'on a l'idée d'un être infiniment parfait. Pascal dit que l'homme est misérable. Moi, je me sens infiniment imparfaite et misérable. Alors je cours jusqu'en philo, au deuxième étage. J'en ai marre d'être moi. Mais en même temps, si je n'étais pas moi, je n'aimerais pas autant mon éléphant. Et mon banc. Et la pluie qui va avec. Et puis, je n'aurais pas profité du théâtre ce soir. Je ne serais pas impatiente d'être assise au premier rang le 13 novembre pour voir Fanny Ardant. Music Hall, 20H30, Salle Pierre Brasseur, Parterre, Fauteuil, A11. Je ne serais pas non plus un être fini, c'est-à-dire un être fait de contrariétés. Je ne serais pas cette fille oxymorique qui aime la littérature mais s'ennuie en cours. Ce personnage composite fou à lier. DEUTSCH - verkatert sein : avoir la gueule de bois ; eine Stange Zigaretten : une cartouche de cigarettes ; ab/hauen : foutre le camp. J'en ai marre d'être moi. Je me dis que si j'étais Iman, ce serait parfait. Elle est si belle. Mais la perfection n'existe pas en dehors de l'infini. On ne rencontre pas l'infini, alors dans tous les cas, je serais un être misérable. Cynisme pascalien oblige. Il faut lire A rebours de Huysmans. Parce que l'esthète vaguement sodomite et amateur de tortues et de pierres précieuses qu'est Des Esseintes est sophistiqué et fascinant. On me demande de m'abriter quand il pleut. Un parapluie me suffirait, mais j'en ai pas. Et puis, j'aime bien voir la fumée des clopes dessiner des produits de métempsychose indienne dans le froid. Je me suis remise à la chanson française. Ferré qui adapte Baudelaire c'est sublime. La voix de Catherine Savage encore plus. On s'en fout. Je dirais bien Del (délire) à la prof de philo qui nous soutient que Dieu n'est pas une sucette. Libido Sentiendi : des trois concupiscences, c'est la libido de la chair qui fait naître les épicuriens que je préfère. Allez comprendre. Cynth', elle m'appelle Macaron. Elle dit qu'un macaron, ça grille et ça dégrille. Et moi, ben j'aime les macarons. N'importe quoi. Et puis Kim Cattrall, elle est tellement jolie. J'en ai marre d'être moi. Mais j'ai de bonnes surprises parfois.




Catherine Sauvage - Spleen __________________________________________________________ Pic : Dolores O'riordan & Don Burton
 La sirène baiseuse de Venice, Californie

# Posté le mercredi 27 février 2008 11:12

Modifié le samedi 07 novembre 2009 11:17

L'autre jour, Dieu s'ennuyait en cours de philosophie. Dieu a donc dessiné une petite viaris, c'est-à-dire, une petite souris qui viendrait d'un monde parallèle. Cette petite souris s'appelle Catherine. Elle s'inspire d'un personnage que nous nommerons Suisse-Gay-Drogué-Philosophe-Assagi et d'un autre... Ou plutôt, d'une autre. Une petite dame très étrange qui aime surnommer les hommes Minou et qui a, jadis, tenté de me faire adhérer à la poétique de Duras. Comme je suis une fan du don artistique de Dieu, j'ai collé Catherine dans mon agenda, à la page du 09.05, ma première soirée théâtre de l'année. En résumé, j'aime la philo, le Théâtre National de Nice, les dessins de Cynth', ceux de Dieu et nos conversations par stylos interposés sur Boule de Poils (et toutes ces putains de questions !) et autres mecs qui n'en valent décidément pas la peine... et Catherine me manque. Pic : The Creatures_________________________Texte : Pascal, Les Pensées, Fragment 43, Liasse II - Vanité

L'autre jour, Dieu s'ennuyait en cours de philosophie. Dieu a donc dessiné une petite viaris, c'est-à-dire, une petite souris qui viendrait d'un monde parallèle. Cette petite souris s'appelle Catherine. Elle s'inspire d'un personnage que nous nommerons Suisse-Gay-Drogué-Philosophe-Assagi et d'un autre... Ou plutôt, d'une autre. Une petite dame très étrange qui aime surnommer les hommes Minou et qui a, jadis, tenté de me faire adhérer à la poétique de Duras. Comme je suis une fan du don artistique de Dieu, j'ai collé Catherine dans mon agenda, à la page du 09.05, ma première soirée théâtre de l'année. En résumé, j'aime la philo, le Théâtre National de Nice, les dessins de Cynth', ceux de Dieu et nos conversations par stylos interposés sur Boule de Poils (et toutes ces putains de questions !) et autres mecs qui n'en valent décidément pas la peine... et Catherine me manque. Pic : The Creatures_________________________Texte : Pascal, Les Pensées, Fragment 43, Liasse II - Vanité


___Nous ne tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l'avenir, comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours, ou nous rappelons le passé pour l'arrêter et comme trop prompt, si imprudents que nous errons dans les temps qui ne sont point nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient, et si vains que nous songeons à ceux qui ne sont rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C'est que le présent d'ordinaire nous blesse. Nous le cachons à notre vue parcequ'il nous afflige, et s'il nous est agréable nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l'avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance pour un temps où nous n'avons aucune assurance d'arriver. Que chacun examine ses pensées. Il les trouvera toutes occupées au passé ou à l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent, et si nous y pensons ce n'est que pour en prendre la lumière pour disposer de l'avenir. Le présent n'est jamais notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et nous disposant toujours à être heureux il est inévitable que nous ne le soyons jamais.

Pascal, je l'aime. Le 18 / 20 qu'il m'a vallu en bac blanc de littérature aussi, j'avoue.

# Posté le vendredi 09 mai 2008 13:19

Modifié le jeudi 05 novembre 2009 08:00

< Summum jus, summa injuria > (Cicéron, De officiis, I. 10, cité par Charron, La Sagesse, I. 39)

< Summum jus, summa injuria > (Cicéron, De officiis, I. 10, cité par Charron, La Sagesse, I. 39)
Pic : Deborah Harry ____________________________ La magie, c'est disposer du sacré dans un but profane. Dixit Nicole Abecassis.







___Je pourrais écrire un truc dégoulinant d'optimisme et de joie de vivre. Un article empreint de bonne humeur à faire gerber un bisounours. Mais alors je ne serais pas moi-même, je ne me ferais pas d'amis, je finirais ma vie seule avec mes déchets triés, mon bar rempli d'eau minérale et ma collection complète des films de Woody Allen. Appelez-moi Mademoiselle Nobs. Les défauts sont peut-être ce que l'homme a de plus parfait. Il n'existe aucun modèle humain revu et corrigé. Le plus triste, c'est de ne penser qu'à l'hypothétique absence. Le plus tragique, ce serait de se dire que sans Houellebecq, il n'y aurait pas eu 9 songs ; sans Mucha, pas d'Art Nouveau ; sans Cécil B. DeMille, pas de vrai cinéma hollywoodien ; sans Lichtenstein, pas de vulgarisation de la bande-dessinée ; et sans John Williams Waterhouse, on aurait jamais vu de représentation d'Ophelia digne de ce nom... qu'on banisse les si et les sans du langage, il ne s'en portera pas plus mal ! Ich habe es satt. Vous l'aurez compris, j'en ai marre. Victor Hugo, dans Les Contemplations : " Et, si vous aboyez, tonnerres, je rugirai." Dominique Lavanant, c'est la plus jolie. Il y a les fascistes, les vilains, les collabos, la torture, les vecteurs et les charges bactériologiques, les massacres, les bas-de-plafond, les enculés, les fêtes sanglantes, le mauvais goût, les strip-teases en cours de français, les bellicistes, la NRA, Les vacances de l'amour, Marguerite Duras, la propagande nazie, Big Brother, les bordels d'après guerre, la société fataliste et ses moutons, les emmerdeurs, les bâtons d'encens, les bouseux moustachus au regard dément, les raëliens, les traîtres, les automobilistes, les pâles imitations du spleen baudelairien, le sport, j'en passe et des meilleures. Et malgré tout ça, les philosophes essaient de nous faire croire que l'homme est un être pensant, capable de raisonner. Mon cul, oui ! Stéphane Audran, elle est parfaite... Et moi, j'aime le SGDPA, Orso, jouer à Tetris au lieu de faire mes devoirs de philo, le gâteau au chocolat avec le thé de Mini Moi après les cours, les scènes de cul dans Bel Ami, Stephanie ou la Fille aux phrases sans chute, les souris, Nietzsche, Cynth' et les jours de pluie. Bref, j'aime la Terminale L. Albert Fish était une créature fascinante. Un être dépourvu de toute humanité. Un homme à l'état de nature, c'est-à-dire un homme à l'état sauvage, animal. Fascinant vous dis-je ! Pour ceux qui, comme moi, entravent que dalle au latin, ce que Cicéron essaie de dire c'est que " le droit extrême est une extrême injustice." Autrement dit, la justice est à l'aporie ce que le droit est à l'insécurité. Bref. Je suis tombée amoureuse de LUI, parce qu'il me rappelle Bowie, Palahniuk et Verlaine. Tout bien considéré, surtout Verlaine. Tom, pour les incultes. On a déjà vu et revu la fonction cathartique de la pluie chez les auteurs en mal d'inspiration. Elle rend luxuriante l'aliénation humaine et la sexualité des enfoirés. Alors continuons à faire comme si de rien n'était et... fatalisons !
___P.S : Je suis une bonne héroïne de roman ; très barthésienne. Je suis la chair et le diable, m'a-t-on dit.


# Posté le jeudi 05 juin 2008 17:27

Modifié le jeudi 05 novembre 2009 07:54

Syncopated Pandemonium

Syncopated Pandemonium

15.09.08 - R.I.P

___Lorsqu'il naît le 2 décembre 1837 à Cambridge, William MacCorlan n'a déjà plus de père. Ce dernier, assidu à la cour, meurt deux mois plus tôt dans un duel qu'il provoque au nom de son épouse alors qu'il est ivre. Mélancolique et secret, le jeune garçon développe au fil des ans un certain goût pour le calme et la solitude. Elevé par une mère rongée par la maladie et par un précepteur contestataire, il cultive l'amour de la littérature et l'art de l'abstraction. Ainsi, fervent admirateur de William Makepeace Thackeray, il intègre le très prestigieux Trinity College en 1855. Lorsqu'il finit ses études, il refuse de reprendre la vie de « misère dorée » qu'il avait laissé quelques années plus tôt. Il part alors pour Londres où il erre comme une âme en peine, fréquentant bordels et quartiers douteux en dilapidant la fortune se son père. Alors que la cour n'est que trahisons, complots et hymne à la modernité, il se met à peindre des scènes de vie quotidiennes, étonnement crues et réalistes. En 1861, il apprend la mort de sa tendre génitrice et revient dans la ville de son enfance. Ses excès en tous genres, fameux dans toute l'Angleterre, lui valent d'être considéré comme le seul et unique responsable du suicide de sa vieille mère. Personnage pitoyablement ambitieux et arrogant, il exerce son repentir comme journaliste, en écrivant des articles pour le Times notamment. En parallèle, il vit, rédige et publie son premier roman en marge des conventions sociales et surtout morales de l'ère victorienne ; mais n'est pas Oscar Wilde qui veut ! Abominables et de plus en plus nombreuses dans un pays de l'ordre et de la discipline, ses frasques lui valent d'être banni du pays qui l'a vu naître. Affaibli par la syphilis, qu'il contracta lors de son escapade à Londres, et déshonoré de son propre chef, il s'ôte la vie le 6 juillet 1894 à Paris, exactement un an après la mort de Maupassant.


Pic : Rick Wright



Peut-on triompher de la mort ?
La vie a-t-elle un sens ?
L'homme a-t-il besoin d'être gouverné ?
L'inutile est-il sans valeur ?


___L'½uvre de MacCorlan reflète un amour maladif de la solitude, mais surtout une certaine forme de paranoïa liée à un instinct de conservation relativement exagéré. Personnage pour le moins contradictoire, le vieux phobique devient à la fois libertin et soucieux de son image. Dans une lettre à Lewis Carroll datée de 1887, son ego le pousse à mutiler les paroles de William Blake, le modèle romantique dont il prétend détenir le style tourmenté, halluciné et torturé : “Those who want to change their lives do so because their lives are empty enough to be changed.” C'est avec ce même stratagème qu'il écrira, dépourvu de tout talent, ses quatre romans. Dans son unique texte d'intérêt, Excess bodices (1889), traduit Corsages de l'excès par Mélinda Bel, il fait dire à une vieille pute du nom d'Aphrodite que la vie n'est qu'une série de recommencements factices et de déceptions prévisibles, d'où une angoisse prononcée pour le changement qu'il qualifie d'ailleurs de « perfide amant de Tromperie. » Cette ½uvre, très controversée, fût interdite puis réhabilitée en 1995 par un traducteur français anonyme. Le reste est à la portée des misérables qu'il côtoyât, toute sa vie, dans la honte et le déni : essais philosophiques ratés sur la nostalgie et la finitude de l'être, paraboles pour conservateurs radicaux, recueil aberrant de soliloques isolés sans aucun rapport les uns avec les autres, poèmes épiques mettant en scène une déesse oxymoriquement mortelle... La production, quoique composite, de ce marginal membre de la gentry trouve finalement grâce aux yeux des historiens et des sociologues : comme les peintures rupestres, elle est le témoignage poignant, universel et intemporel d'un homme à qui l'on demandait toujours plus et qui aura, malgré tout et aussi étrange que cela puisse paraître, toujours fait les bons choix.




Non, William MacCorlan n'existe pas.
Oui, c'est un peu une allégorie du bonheur.
Non, il n'y a pas de cours pour cette première dissertation de philo.
Oui, je vénère les Shins et Radiohead.
Non, la mort de Michael Jackson ne m'a pas fait plus de peine que ça.
Oui, même les dieux peuvent mourir.
Oui, j'ai pleuré Barrett, Chichin, Lux Interior et Wright. Surtout Wright, j'avoue.
Non, nous n'avons pas tous la même sensibilité.
Oui, la Terminale me donne (déjà ?) la gerbe.



# Posté le vendredi 27 juin 2008 07:23

Modifié le dimanche 01 novembre 2009 18:18

Flaubert a dit ... je t'aime Poussin

Flaubert a dit ... je t'aime Poussin

Flaubert a dit : " Le meilleur de la vie se passe à dire Il est trop tôt , puis Il est trop tard "
Alors pour ne pas faire comme tous les êtres humains dépourvus de tout esprit critique, je dis dès aujourd'hui à mon Poussin Bleu que je l'aime énormément.


___Là, en faisant saler l'eau de sa baignoire et en y mêlant, suivant la formule du Codex, du sulfate de soude, de l'hydrochlorate de magnésie et de chaux; en tirant d'une boîte soigneusement fermée par un pas de vis, une pelote de ficelle ou un tout petit morceau de câble qu'on est allé exprès chercher dans l'une de ces grandes corderies dont les vastes magasins et les sous-sols soufflent des odeurs de marée et de port; en aspirant ces parfums que doit conserver encore cette ficelle ou ce bout de câble; en consultant une exacte photographie du casino et en lisant ardemment le guide Joanne décrivant les beautés de la plage où l'on veut être; en se laissant enfin bercer par les vagues que soulève, dans la baignoire, le remous des bateaux-mouches rasant le ponton des bains; en écoutant enfin les plaintes du vent engouffré sous les arches et le bruit sourd des omnibus roulant, à deux pas, au-dessus de vous, sur le pont Royal, l'illusion de la mer est indéniable, impérieuse, sûre.
Le tout est de savoir s'y prendre, de savoir concentrer son esprit sur un seul point, de savoir s'abstraire suffisamment pour amener l'hallucination et pouvoir substituer le rêve de la réalité à la réalité même.

___Au reste, l'artifice paraissait à des Esseintes la marque distinctive du génie de l'homme.
Comme il le disait, la nature a fait son temps; elle a définitivement lassé, par la dégoûtante uniformité de ses paysages et de ses ciels, l'attentive patience des raffinés. Au fond, quelle platitude de spécialiste confinée dans sa partie, quelle petitesse de boutiquière tenant tel article à l'exclusion de tout autre, quel monotone magasin de prairies et d'arbres, quelle banale agence de montagnes et de mers ! Il n'est, d'ailleurs, aucune de ses inventions réputée si subtile ou si grandiose que le génie humain ne puisse créer; aucune forêt de Fontainebleau, aucun clair de lune que des décors inondés de jets électriques ne produisent; aucune cascade que l'hydraulique n'imite à s'y méprendre; aucun roc que le carton-pâte ne s'assimile; aucune fleur que de spécieux taffetas et de délicats papiers peints n'égalent !
À n'en pas douter, cette sempiternelle radoteuse a maintenant usé la débonnaire admiration des vrais artistes, et le moment est venu où il s'agit de la remplacer, autant que faire se pourra, par l'artifice.

Huysmans, A rebours, 1884

Pic : Mucha

# Posté le mardi 15 avril 2008 12:32

Modifié le dimanche 01 novembre 2009 18:13