___Je suis assise là, toute seule, au milieu de la foule compacte des fumeurs du lycée, dans le froid. Moi, je ne fume pas. Je ne parle même pas. Je les regarde tous, à distance. Je m'abstraits pour mieux les observer. En fait, le tableau dystopique est plutôt féérique. Ils me donnent la gerbe tous, avec leurs sourires, leurs traits d'humour à la con, et leur air suffisant. Pourtant, la fumée qui s'élève dessine des migrations d'âmes indiennes ou chinoises vers des corps d'animaux. On croirait voir des loups, des serpents et des aigles, dansant dans le vent glacial de ce début d'automne. Vu d'ici, on ne dirait pas que le monde est une poubelle. Une immense poubelle dont les murs suintes la médiocrité du commun et la vermine de l'amour. Cette vermine si tenace qu'elle s'accroche à vos poumons, vous lacère l'estomac et vous écorche le ventre. Cette abomination aberrante qui ne vous lâchera qu'une fois qu'elle aura aspiré le peu d'énergie que vous destiniez à la recherche du bonheur que décrit si bien T. Jefferson. Quel con celui-là ! Comme si le bonheur était à portée de mains... ou plutôt devrais-je dire à portée de gouttes, pour reprendre les termes de Favre, l'écrivain imaginaire, fils d'horloger et ami proche de MacCorlan, débauché factice lui-aussi. Parler d'amour, c'est gerbant de banalité. Je suis là à regarder tous ces abrutis et je me dis que je devrais faire comme eux. Mais je n'en ai pas la force. Ils m'emmerdent tellement. Ils me font peur surtout. Je ne veux pas devenir cette femme immonde. Aigrie, seule, bordélique, hideuse et odieuse. Alors je fais un effort. Je me lève, je m'approche de l'odiance passive qui assiste, l'air moins ahuri qu'abruti à la déchéance du monde, sans un mot. Tout le monde sourit. Je fais de même, parce que j'ai besoin d'artifice pour atteindre le vrai. Et je me dis qu'un jour, avec un peu de chance, je m'élèverai avec la fumée des clopes et les indiens métamorphosés. J'écris de plus en plus de conneries avec de moins en moins de talent et d'élégance... la faute à qui, d'abord ? Mais ne plombons pas l'ambiance : c'est tellement beau, l'horizon rougeoyant des matins d'automne. Surtout en Irlande paraît-il... Et puis, je suis une créature quelque peu torturée dans le pathos : quand je regarde un clip de Rick Wright, je pleure, immanquablement. Au fait, sur l'album Adventure de Television, il y a Days. Et ça, c'est de la bombe bébé ! Dans un autre registre, il faut souligner la perfection des journées shopping avec Blondie, des conversations avec Mimi et ma Jumelle et des calins de Mini Moi. Enfin, je suis toujours en quête de corbeaux pour fuire vers le Royaume-Uni avec Cynthia. Si quelqu'un sait où en trouver...

